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De l'élégance LES TRADITIONSDE LA NOUVELLE-CALÉDONIE
Centre culturel Tjibaou Construità Nouméa sur la presqu'île de Tina, le centre culturelTjibaou allie harmonieusement tradition et modernité. Sa visitevous permettra de vous familiariser avec toutes les traditions de Nouvelle-Calédonie. Le cheminKanak : expression de l'âme d'un peuple, ce chemin initiatique vousnourrit de la force, des odeurs et des sensations évocatrices d'uneculture ancestrale et vivante, avant de franchir le seuil de la case. L'airecoutumière "Mwakaa" est le lieu de rencontre et de parole, l'espacede vie et d'échanges coutumiers. Trois cases traditionnelles représententrespectivement le Sud, le Nord de la Grande Terre, ainsi que les ÎlesLoyauté. "Mwakaa" lie le passé au présent et vouspermet de découvrir la diversité architecturale traditionnellekanak. Aux Îles Loyauté L'organisationcoutumière traditionnelle, qui remonte à la nuit des temps,continue de régir la vie quotidienne parallèlement àl'organisation administrative du droit français. Chaqueindividu appartient à un clan, avec ses propres légendes,totem et chef. Les clans, regroupés en tribus obéissent àun petit chef, responsable de la coutume "privée", qui fait lui-mêmeallégeance à un grand chef de district, dont l'autorité"politique" est incontestée. Traditions orales kanak La littératureorale kanak, avec ses mythes fondateurs, ses poésies, ses discours,ses récits et ses légendes, travaille d'autant plus son expressionque chaque parole met en jeu la susceptibilité et les intérêtsdes clans Les tournures, les images et les rythmes étayent la portéepolitique, pédagogique, ou tout simplement ludique, de ces textes,bien caractéristiques de la pensée océanienne. Les deux femmes-rochers L'identité d'un groupeest faite d'un site originel d'où se déploient des itinéraires.L'ancienneté du clan est, dans ce récit, symboliséepar un rocher d'où, au terme d'une succession de métamorphoses,sortent les ancêtres. Leur parcours évoque les lieux d'implantationet les relations que revendiquent le clan. Vient alors le mauvais temps, La pluie tombe et le ventse lève, Les eaux ruissellent sur lerocher, Emportent un fragment de cettefemme (-rocher) Éboulent la terre quila recouvre. Le morceau de rocher dérive, Suit la rivière dePamalé, Gagne la vallée dela Tipijé, Puis il file vers la mer. Lorsqu'il sort en bas de l'embouchure, Il fait gros temps sur lerécif, La mer le rejette vers lerivage, Où le vent souffleen tempête. Il dérive alors versle nord, Est emporté le longde la côte, Et arrive dans l'embouchurede Hienghène. Il reprend vie humaine àcet endroit, Et monte vers le rivage. Deux femmes issues de luimontent vers le rivage. Elles sont le fragment derocher descendu du fond de Pamalé. Elles gagnent le rivage enramassant des huîtres, Et s'avancent dans l'eau. Juste au moment d'arriver, Lorsqu'elles prennent piedsur le sable, Elles aperçoivent leschefs, Et s'affaissent sur le sol. Il leur est impossible d'allerplus loin Quand elle voient les chefsdevant elles. Leur panier d'huîtresse renverse, Et tombe à leurs pieds. Voilà l'histoire deces deux femmes. Les chefs regardent vers elleset les aperçoivent. Ces deux femmes ont chacuneun nom. L'une est Dië ("huître"). L'autre est Péi-to("rocher"). [...] Elles volent en éclatset des vers se logent à l'intérieur. Puis ces vers se transformenten hommes, En une multitude d'hommes. L'idée leur vient dese promener ; Ils reprennent en sens inverseleur route d'autrefois. Ils partent vers l'intérieur, Remontant la valléede la Tipijé et reviennent. Ils arrivent à Nä-cènîmî,lieu d'origine du fragment de rocher, Et ils se séparentà cet endroit. Ils forment alors deux groupes; L'un gagne le col Kènôô, L'autre monte vers la crête,franchit le massif et se dirige vers Pipilui. Ils se dispersent ; Les uns s'installent pourvivre de l'eau qui sort à Tiwaka, sur la côte est. Les autres viennent par icipour vivre près de l'eau qui s'écoule vers Koné. Je laisse ici mon récit... Le chef en son jardin Le chef (ou, plus souvent,la cadet d'un lignage proche) a pour prérogative d'effectuer lesrites qui préludent à la plantation des ignames. Mais l'unede ses deux femmes voudrait ici le voir aussi travailler la terre. Cetteatteinte à son rang perturbe l'ordre du monde. Le chef de Pwèi a deuxépouses, l'une est une Pwobèi et l'autre du clan Touho. Ilsvont faire un billon pour planter les ignames et le chef enjoint àses deux femmes de piocher la terre avec lui. Lorsque le billon est terminéet que vient le moment de planter, le chef leur dit d'aller cueillir lesfruits du ficus. Elles rapportent des fruits et les mettent à cuiredans la marmite, juste à côté du billon. "Voilà,c'est près", disent-elles au chef. Celui-ci fait alors la prièrerituelle, puis demande à ses épouses de monter à l'extrémitédu billon et de commencer à retirer les piquets signalant les trousd'ignames. La femmede Touho lui dit alors : "Tu nous demandes d'aller faire cela, mais toi,es-tu manchot ? _ Qu'est-ce qui vous prend, répond-il, ne savez-vouspas que cela m'est impossible ?" Il arrache un piquet et le brandit versle ciel, comme cela, au dessus de sa tête. Alors la foudre éclate,une pluie diluvienne s'abat et les deux femmes sont emportées parle courant qui ruisselle le long du billon. "Eh ! pauvrespetite ! se moque-t-il, que vous arrive-t-il ? _ Que nousarrive-t-il, disent-elles, tu ne vois donc pas qu'on se noie ? _ Eh bienc'est parce que vous m'avez dit d'aller en haut du billon pour planter,alors que cela m'est interdit !" La femme de Pwobèi dit àsa compagne : "Tu vois, c'est de ta faute ; tu lui as dit de planter lesignames alors qu'il n'en a pas le droit parce qu'il est le chef." (Extrait de "Nouvelle-Calédonie,vers l'émancipation", Découverte Gallimard, 1992)
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