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De subtilsparfums LA FLOREDE NOUVELLE-CALÉDONIE
Les paysagescalédoniens sont à la mesure de la Femme ; ils séduisent,ils émeuvent, ils n'écrasent pas. Ils amènent tousceux qui s'intéressent à la nature à se poser desquestions. On regrettera que la faune ne soit pas aussi brillante que laflore et qu'il n'y ait guère de mammifères pour les animer.On entend assez souvent le chant grave des pigeons géants qui amplifiela profondeur des la forêt ; mais les notous chanteront-ils longtempsencore ? Un grand botaniste qui visitait avec nous la réserve dela haute Yaté disait que la forêt qu'il avait sous les yeuxétait la plus belle qu'il ait jamais vue. Forêt pour intellectuels,pour poètes un peu mélancoliques, pour artiste aimant laperfection de détail alliée à la fantaisie de la composition. Sans doutey a-t-il en Nouvelle-Calédonie des paysages presque totalement dépourvusde végétation, des paysages "minéraux", dont les feuxet l'exploitation minière accroissent chaque année l'étendue; mais c'est heureusement encore le vie végétale qui, leplus souvent, distingue un paysage d'un autre, en quelque sorte le personnalise.On dit "le maquis", "la savane", "la forêt claire", "la forêt","la mangrove", ces expressions désignant des "formations", c'està dire des groupements de plantes distinguées non pas enraison des espèces qui les composent, mais en raison de leur physionomieet de leur structure. le milieu cependant joue un rôle importantdas la distribution des formations comme dans celle des flores et la présencede certaines espèces ayant une morphologie remarquable peut suffireà caractériser la physionomie d'un groupement : on dira indifféremment; "une formation" ou "un peuplement" de pins colonnaires. Les forêts Nous avonsindiqué, à propos des dimensions des arbres, que la hauteurdes forêts calédoniennes était de 30 à 35 mètres.Il s'agit là de forêts peu touchées par l'homme, croissantdes les vallées ou, à moyenne altitude, sur des versantsbien arrosés et non fortement pentus. De belles forêts existentencore sur terrains miniers dans le bassin supérieur de la Yatéou Rivière Bleue, dans le massif de Koghis près de Nouméa,dans la région de Thio (forêt de Saille, forêt de lahaute Combui), dans le massif du Mt Maoya près de Bourail. Leurextension est plus importante sur les terrains sédimentaires (grès,schistes) ou métamorphiques, l'exploitation forestière ayanttoutefois profondément modifié leur physionomie dans biendes régions (col d'Amieu, haute Ponérihouen, haute Boghen,col des Roussettes, etc...). Elles ont été peu dégradéesdans le massif du Nakada, entre Thio et Canala, dans celui du mont Arago,au nord-ouest de Houailou, dans le massif des Lèvres, au dessusde Touho, et dans la partie méridionale du massif du Panié-Ignambi; mais les plus beaux arbres se trouvent peut-être dans des forêtsde faible étendue occupant dans une zone de savanes quelque valléeoubliée ou une tête de source (forêt de Poami dans larégion de Hienghène). La grandeforêt calédonienne, plus particulièrement sur les terrainsminiers, est souvent dominée par des kaoris (Agathis). Ces derniersne se présentent cependant dans la majorité des massifs qu'enpetits peuplements isolés les uns des autres, le tamanou (Calophyllum),qui demeure sans doute l'essence la plus largement répandue, lehoup (Montrouziera) et les "hêtres" (Protéacées), quiont été très exploités, l'acacia (Albizia),diverses Lauracées, Myrtacées, Cunoniacées, etc...,étant les principaux constituants de la strate supérieure.Les araucarias, sur sols miniers, sont parfois associés aux kaoriset aux feuillus. La présence de nombreux palmiers ou de fougèresarborescentes indique généralement que l'on est en présenced'une formation qui a été dégradée par l'hommeou qui n'a pu atteindre toute sa puissance. Sur lesfortes pentes (sols manquant de profondeur) ou sur les crêtes etles sommets (vent trop continu, réserves en eau du sol insuffisantes),les forêts sont moins hautes, les palmiers étant souvent abondantssur terrains non miniers, les peuplements d'araucarias fréquentssur roches ultrabasiques. Les forêtsnéphéliphiles formées d'arbres bas-branchus, couvertsd'épiphytes (Fougères, Bryophytes, Lichens, Astélia),s'observent entre 1.100 et 1.350 mètres. Les Myrtacées (Metrosideros)en sont l'élément dominant. Le sol est presque entièrementorganique. Ces forêts n'ont encore été trouvéesque sur pÈridotites (Mt Mou, Mt Humboldt, Mt Boulinda) : il sembledonc que leur localisation s'explique par les actions conjuguéesdu climat et des conditions édaphiques. A l'Îles des Pins,la forêt sur calcaire est composée principalement de Kohus(Intsia bijuga), qui atteignent de gros diamètres mais ont des fûtsplus courts que ceux des arbres de la Grande Terre. On trouve aussi, pluslocalisés, des Bounis (Manilkara). Cette forêt dans le secteurde Gaji était dominée par d'énormes pins colonairesse trouvant là, par exception, un peu en retrait de la falaise ;les plus gros ont été abattus. Aux Loyauté,les forêt, tout en ayant une étendue considérable,sont relativement basses (15-20 mètres), quelques arbres isolésou en petits groupes atteignant néanmoins une trentaine de mètres.L'essence la plus répandue à Lifou est le Ralia (Schefflera,Araliacée). Sur les calcaires lapiazés des falaises sublittorales,on observe des peuplements d'araucarias, localisés à Lifouet à MarÈ au sud et eu sud-ouest, et des fourrés hautsde quelques mètres. Les forêts claires Il existeen Nouvelle-Calédonie deux types de forêts claires de feuillus,constituée par les peuplements de chênes-gommes (Arillastrumgummiferum, Myrtacées), et la forêt claire de résineux,composée d'araucarias. L'une et l'autre sont propres aux terrainsminiers. Les chênes-gommesse trouvent parfois dans les forêts vallicoles, associés auxkaoris et à d'autres feuillus. Ils peuvent atteindre alors de fortesdimensions (plus de 30 mètres de haut, tronc de 1,50 mètresde diamètre). Sur les sols assez profonds mais semés de blocsrocheux couvrant les bas versants, ils croissent en peuplements plus oumoins ouverts dominant un fourré haut de quelques mètres.Sur les cuirasses ferrugineuses, ils sont en général de petitetaille, faisant largement place aux espèces du maquis. Le chêne-gommeest très sensible au feu : ses peuplements autrefois trèsétendus ont beaucoup souffert des incendies qui ont ravagéle sud de la Grande Terre. Son bois étant particulièrementrésistant à la pourriture, les arbres morts peuvent resterdebout plusieurs dizaines d'années, leurs troncs blancs témoignantd'un passé depuis longtemps révolu. Deux espècesd'araucarias croissent normalement en forêt claire ; Araucaria montanaet Araucaria rulei. La première, toutefois, est assez souvent associéeà des espèces de forêts ou peut constituer des peuplementsassez denses, alors que la seconde croît toujours en formations trèsouvertes, avec des espèces de maquis. Les maquis Certainsbotanistes pensent qu'aucun maquis ne saurait être considérécomme une formation primitive ; ils admettent qu'à l'origine, laNouvelle-Calédonie était entièrement couverte de forêtset que c'est à la suite de la destruction de ces forêts parl'homme, que les maquis ont pu s'installer. D'autres estiment que, en raisonde leur pauvreté et de leur toxicité, il ne saurait y avoirde véritable forêt sur les sols miniers ; ces derniers, n'ontpas visité la forêt de Saille. En fait,s'il est indéniable que les exploitations minières et surtoutles feux ont entraîné une extension considérable desmaquis, il demeure probable en raison de leur richesse et de leur originalitéfloristique, en raison aussi de leur localisation sur des sols trèsparticuliers, que les maquis les plus typiques, dont la superficie estgrande, sont des formations primitives. On a prisl'habitude de désigner par terme "maquis" toutes les formationsarbustives plus ou moins ouvertes, comportant souvent une strate herbacéeimportante (Cypéracées principalement), que l'on trouve surterrains miniers. Rappelons que les maquis méditerranéenssont des formations essentiellement arbustives. Les maquisdont la physionomie se rapproche le plus de celle de leurs homologues méditerranéensoccupent sur les bas versants des massifs miniers des sols peu profondset argileux, riches en magnésium, formés par l'altérationsuperficielle des serpentines, qui sont des roches de contact. Leur floreest particulièrement riche en espèces belles et intéressantes; mais leur physionomie est assez monotone. La strate herbacée yest extrêmement réduite. ces maquis ont étépeu touchés par les exploitations minières et les feux semblentles avoir en partie épargnés. Leur extension demeure considérabledans les massifs dominant la Côte Ouest (Boulinda, Koniambo, Tiébaghi). Sur lescuirasses ferrugineuses et les sols fortement gravillonnaires, on trouveégalement des maquis ou la strate arbustive est nettement dominante.Leur structure est plus ouverte que celle des maquis sur serpentines etleur flore est différente. Les Casuarinacées ("bois de fer"),les Myrtacées (Tristania) en sont très souvent les élémentsdominants. Dans le sud, on y trouve plusieurs espèces de Gymnospermes.Ces maquis, quand ils ne sont pas périodiquement ravagéspar les feux, deviennent des fourrés hauts de 6 à 8 mètresou des forêts claires à araucarias ou, dans le sud, àchênes-gommes. Ils ont davantage souffert de l'exploitation minièreet des feux, que ceux du premier type. Sur quelques sommets péridotitiques(Humboldt, Kouakoué), on voit des maquis arbustifs ou des fourrés(structure plus dense), de flore très particulière. Sur lescols ferrallitiques meubles, la strate herbacée (Cypéracées,Fougères) est beaucoup plus développée. La flore arbustiveest néanmoins très riche et bien distincte de celle des maquisarbustifs. Dans bien des cas, ces formations doivent être considéréescomme secondaires : souvent, en effet, elles occupent des secteurs oùles réserves en minerais de nickel sont importantes et longtempsle feu a fait partie de l'environnement du mineur, la strate herbacéefacilitant d'ailleurs sa progression. Beaucoup d'arbustes rejettent desouche après le passage des incendies (Cunoniacées, Guttifères,etc...) On peut admettre qu'en l'absence de toute intervention humaine,après de longues années, ces maquis sur de larges superficiescéderaient la place aux forêts claires, voire, dans les conditionsles plus favorables (bas de pente, vallées bien drainées)à la forêt dense. Sur lesterrains très siliceux du nord et de l'ouest, la couverture végétaleprend souvent la forme d'un maquis arbustif ou ligno-herbacé, parfoistrès bas et très ouvert (presqu'île d'Arama). On trouvedans ces formations des espèces largement répandues sur lesterrains miniers (Cunoniacées, Epacridacées) ; mais leurflore est pauvre. Savanes, prairies, steppes Les savanessont des formations à strate arbustive ou arborée basse,largement ouverte, à strate herbacée continue. Il en existedeux type en Nouvelle-Calédonie, la savane à niaoulis (Melaleucaquinquenervia), sur sols acides et pauvres, la savane sans niaoulis oupauvre en niaoulis, sur sols assez bien pourvus en élémentsutiles aux plantes, la strate ligneuse étant dans ce cas de la secondesouvent très réduite ("savanes herbeuses"). La qualificationde prairies peut être réservée aux formations herbacéesbasses, assez continues. Les savanes, régulièrement parcouruespar les feux de brousse, sont dites pyrophiles en ce sens qu'elle sontcomposées d'espèces résistant au feu, ce dernier accroissantleur compétitivité vis-à-vis des autres formations.Les incendies trop fréquents entraînent cependant une lentedégradation de la couverture végétale et une stérilisationprogressive du sol. Pour ceuxqui ne se déplacent guère que le long des routes territoriales,la savane à niaoulis est le type même de paysage calédonien; mais c'est une formation secondaire dont l'énorme extension estliée à la présence de l'homme, le niaouli, dans lesconditions naturelles, étant une espèce sublittorale croissantsur sol mal drainés. Il colonise les pentes sur roches plus ou moinsacides et les sols très magnésiens en piémont desmassifs miniers ; il ne s'observe que très exceptionnellement àl'intérieur des massifs ultrabasiques. La densité et la hauteurde la strate arborée sont variables ; dans les conditions les moinsfavorables, le niaouli prend un port buissonnant et la structure de laformation devient celle d'un maquis arbustif. La flore de la strate herbacée,sa hauteur et sa structure varient également beaucoup avec les propriétésdu sol. Sur les sols très lessivés mais relativement profonds,elle peut être constituée de Fougères (Gleicheniacées); mais, le plus souvent, elle est graminéenne, l'herbe àpaillote (Imperata) s'observant plutôt dans les secteurs assez humideset frais, l'herbe à touffes (Themeda) dans les secteur plus chauds,un peu magnésiens, l'herbe à mouton (Heteropogon) dans desconditions climatiques plus sèches, l'herbe à piquants (Chrysopogon)sur des sols acides, un peu tassés (terrains sur pâturés).Sur les sols les plus dégradés (érosion ou lessivage),la strate herbacée, plus clairsemée, comprend quelques Graminéesindigènes (Schizachyrium). Les savanesherbeuses prédominent sur les terrains basaltiques (régionde Poya), dont néanmoins la savane à niaoulis occupe lesparties basses, plus humides. Elles présentent égalementun développement important sur les flyschs et les grauwackes calcarifères(région de Bourail). Heteropogon contortus en est le principal constituant. Les prairiesgraminéennes basses et parfois clairsemées sont propres auxsecteurs littoraux et sublittoraux les plus secs de la Côte Ouest.Elles sont associées à des terrains argileux, bien pourvusen éléments utiles, parfois trop magnésiens. Ellessont composées de Graminées (Amphilophis ou Silver grass).On y voit quelques épineux exotiques (Acacia farnesiana ou Cassie).Dans des conditions plus humides, en particulier sur les sols alluviauxà l'est du territoire, on trouve des prairies à "buffalo"(Stenotaphrum). Ces divers types de prairies constituent les meilleurspâturages naturels de la Grande Terre. On trouveaussi des prairies aquatiques ou semi-aquatiques à Graminéeset Cypéracées ; mais leur superficie est très limitée. La mangrove La mangrovecolonise les alluvions et vases salifères recouvertes par la merà marée haute. Son extension est grande sur la CôteOuest, où les formations de palétuviers sont auréoléesde terrains sursalés où ne croissent que quelques herbescrassulescentes (Suaeda, Salicornia). A l'est, c'est une formation de bergesà proximité des embouchures. La florede la mangrove n'est pas riche (une quinzaine d'espèces d'arbresou arbustes ayant pour la plupart des aires de distribution s'étendantlargement hors du territoire). Les arbres ne sont pas très hauts(généralement moins d'une dizaine de mètres). Sonétude est intéressante en raison de la haute spécialisationdes espèces qui la composent : les palétuviers proprementdits (Rhizophora), à racines-échasses, en constituent souventla frange externe ; les palétuviers rouges (Bruguiera) àpneumatophores genouillés croissent sur les vases mieux consolidées; les Lumnitzera (L.Littorea à fleurs rouges, surtout sur la CôteEst et à Ouvéa, L.Racemosa, à fleurs blanches surtoutà l'ouest) colonisent, un peu en arrière, les abords de lazone sursalée à végétation herbacée.Les Avicennia, à pneumatophores en alène, sont représentéepar deux formes, la première arborée, la deuxièmetrès basse, buissonnante, s'observant sur des sédiments instables. Formations diverses Certainesformations secondaires n'entrent pas dans les catégories précédentes.Ce sont des fourrés d'arbrisseaux de structure parfois confuse oudes forêts basses, surtout caractérisés par la présenced'une espèce ou de quelques espèces qui, nettement dominantes,leur impriment une certaine physionomie. Certains de ces groupements ontdes préférences écologiques assez nettes et leur étudeest utile pour la connaissance de "l'aptitude culturale" des terres. Lesespèces exotiques y jouent souvent un rôle important. Mentionnonsles formations de "mimosas" (Leucaena leucocéphala) sur sols peuprofonds mais chimiquement riches (pentes sur flyschs ou grauwackes calcaires)qu'ils enrichissent en azote, les fourrés de lantana sur sols plusacides, mais encore bien pourvus en éléments utiles, lesforêts basses ou fourrés de "gaiacs" (Acacia spirorbis), Euphorbiacéeset Sapindacées, sur les calcaires coralliens des Loyauté. (Extraitde "Fleurs et plantes de Nouvelle-Calédonie", les éditionsdu Pacifique, 1981)
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