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L'HISTOIREDE LA NOUVELLE-CALÉDONIE



 
 

Unepréhistoire encore inexpliquée

   Au bord des routes de la Grande Terre, vous découvrirez ces étrangespierres gravées, ces pétroglyphes qui demeurent une énigmepour les historiens, les ethnologues et les Mélanésiens eux-même.Quelle est l'origine de ces gravures ? De quand datent-elles ? Depuis quelleépoque cette île est-elle peuplée ? Les théoriess'affrontent et les suppositions s'échafaudent sans rien résoudre.Dans l'état actuel des connaissances, il est généralementadmis, puisque l'homme paléolithique est encore inconnu ici, quedes immigrants, peut-être de race Aïnos, au teint blanc et auxcheveux lisses, ont abordé les rivages calédoniens vers lesecond millénaire avant JC. C'est tout au moins la datation révéléepar les poteries lapita trouvées près de Koné et dansl'île des Pins, et qui leur sont attribuées. Cette civilisationsemble avoir pris fin brutalement vers 500 av. JC, peut-être en raisond'une invasion nouvelle ou d'un cataclysme. Nous sommes là en pleinessuppositions.
   On relève alors, jusqu'aux premiers siècles de notre ère,les traces nombreuses d'une culture mégalithique égalementinexpliquée. Ce sont les énigmatiques "tas de fer", blocsferrugineux entassés sur les sommets du mont Dore ou du Kaala, lestumulus de l'île des Pins, les alignements de pierres dressées,tels ceux de Boniac, de Daqueboum, ou les menhirs de Kradji et ces nombreuxpétroglyphes répandus dans toute la Grande Terre, gravuresfiguratives ou incompréhensibles entaillées dans la pierre,évoquant, par leurs motifs, les tracés néolithiquesd'Écosse ou d'Irlande.

Laterre des ancêtres

  Dans ce grand océan qui n'a jamais été un insurmontableobstacle pour les peuples navigateurs qui l'habitent, de nombreuses migrationsantiques ou plus récentes, parties de Papouasie, d'Australie, desNouvelles-Hébrides (Vanuatu) et de Polynésie vinrent atterrirsur la Nouvelle-Calédonie et les Îles Loyauté. Faut-ilchercher parmi ces peuplades les ancêtres des mélanésiensactuels, baptisés Canaques ou Kanaks, par les navigateurs européensdu XVIIIème siècle, d'un mot polynésien signifiant"homme" ? Seuls les récits des premiers Européens découvreursdu Pacifique, les vieilles légendes et les fouilles effectuéesdans les sites anciens peuvent éclairer d'une bien faible lueurce Moyen Âge calédonien où les kanaks avaient pousséà un degré très avancé l'art de la pierre polie,niveau de civilisation auquel ils étaient demeurés. Cettehumanité primitive s'était cependant remarquablement bienadaptée au milieu particulier de la Grande Terre où les essencesvégétales et les espèces animales réduitesl'obligeaient à une nourriture restreinte et la poussaient àl'anthropophagie, d'ailleurs pratiquée selon des rites et des règlesbien déterminées.
   La population de la Grande Terre, évaluée à 50 000individus par les premiers navigateurs, était alors diviséeen tribus qui, en raison du relief tourmenté de l'île, furentbientôt fractionnées en sociétés parlant desdialectes différents mais offrant toutes une remarquables unitéd'organisation sociale, de croyances, d'économie et de sens artistique.Ces tribus contractaient des alliances entres elles ou s'affrontaient enluttes fréquentes. Il existait d'ailleurs des ennemis nés,surtout dans le nord de la Grande Terre, tels les Wofof et les Ootes quiétaient d'irréductibles adversaires. Ces combats entraînaientla destruction des récoltes et des villages mais ne faisaient auplus que quelques dizaines de victimes qui étaient dévoréespar les vainqueurs en repas cannibales.

Ilsvirent arriver des hommes blancs (1774-1827)

   C'est au capitaine James Cook que revient l'honneur de la découvertede la Grande Terre, le 5 septembre 1774, lors de son second voyage dansle Pacifique. Son navire, la Résolution, abordait l'îlepar le nord-est et le jeune midship James Colnett reconnaissait le premierle promontoire et le pic qui porte aujourd'hui son nom. Longeant le récifqui double la côte, Cook découvrit la passe de Balade, mouillaprès de l'îlot Poudioue et donna à la Grande Terrele nom de Nouvelle-Calédonie qui lui est demeuré.
   Le français La Pérouse reconnut vraisemblablement la côteouest en 1788, avec la Boussole et l'Astrolabe qui devaientfinir tragiquement à Vanikoro. Mais c'est d'Entrecasteaux, en 1792,avec la Recherche et l'Espérance qui explora cettecôte avant d'atteindre Balade en 1793.
   Quant'aux Îles Loyauté, reconnues dès le débutdu XIXème siècle, elles furent exactement situéespar Dumont d'Urville en 1827.

Baleiniers,santaliers et beachcombers (1800-1851)

   Comme partout en pareilles circonstances, après les découvreursapparaissent les trafiquants et les évangélistes, avec desmotifs naturellement différents mais armés du mêmecourage et du même esprit d'aventure. La Nouvelle-Calédonien'a pas échappée à ce principe. Port-Jackson, aujourd'huiSydney, fut fondée le 26 janvier 1788. Date essentielle dans l'histoiredu Pacifique Sud, car les voyages se multiplient alors, au départde la nouvelle ville, pour effectuer des opérations lucratives dansles îles. Les baleiniers fréquentèrent les Loyautéoù les rapports avec les autochtones ne furent pas toujours trèsamicaux. Puis, en 1841, le bois de santal était découverten Nouvelle-Calédonie, amorçant un important trafic en mêmetemps que se développait la pêche des holothuries recherchéespar la pharmacopée chinoise. "Chasseurs de merles" recruteurs demain-d'œuvre et trafiquants fréquentèrent les côtescalédoniennes, puis s'y installèrent. Chassés de l'Îledes Pins par la vindicte du grand chef Vandegou, certains s'établirentsur la Grande Terre, Richards à Hienghène dès 1843,et Paddon à l'île Nou en 1851. Ce fut là un demi sièclede premiers contacts, parfois difficiles, souvent meurtriers.

Redingotesnoires et soutanes blanches (1840-1853)

   Alors que les premiers commerçants étaient venus d'Australiepar l'ouest, les premiers missionnaires arrivèrent par l'est. Débarquésà Tahiti en 1797, ils progressèrent d'île en îlepour toucher la Nouvelle-Calédonie dès 1840. Les protestantsde la L.M.S. (London Missionary Society) apparurent tout d'abord, poussantdevant eux des catéchistes originaires des Samoa ou de Rarotongaqu'ils avaient formés. Après quelques tentatives sans succèssur la Grande Terre, Fao réussit à Maré et àLifou.
   Les missionnaires catholiques arrivèrent en Océanie avectente ans de retard sur les protestants, ayant à combattre àla fois l'hérésie et l'Anglais. En 1836, le pape GrégoireXVI confiait aux Maristes le vicariat apostolique de l'Océanie occidentaleet le 22 décembre 1843 débarquait du Bucéphale,à Balade, la première mission catholique dirigée parMgr Douarre. Débuts difficiles, "Période de charme et demisère", écrira le R.P. Rougeyron, pour ces cinq hommes,premiers habitants européens de la Grande Terre. Une nouvelle missionfut fondée à Pouébo en 1847 mais toute l'œuvre futbalayée quelques mois plus tard par la révoltes des kanaks.Providentiellement secourus par la Brillante, les missionnairesse réfugièrent à Sydney, puis aux Nouvelles-Hébridesavant de revenir à Balade en 1851. Deux ans plus tard, Douarre s'éteignaitdans sa mission.

Terrefrançaise (1853)

   Au milieu du XIXème siècle, le gouvernement impérialse préoccupa de trouver une terre destinée à devenirune colonie pénitentiaire. L'Angleterre avait tracé la voieen ce sens avec l'expérience australienne. Ces circonstances engagèrentNapoléon III à prendre possession de la Nouvelle-Calédonieafin d'y créer une base de ravitaillement. Le 24 septembre 1853,l'amiral Auguste Febvrier-Despointes faisait hisser les couleurs françaisesà Balade et le 29 à l'île des Pins. En janvier 1854,il quittait le territoire, laissant le commandement de la colonie naissanteau capitaine Tardy de Montravel qui devait fonder Port-de-France, aujourd'huiNouméa.

Legouvernement des marins et la révolte des Kanaks (1862-1884)

   Rattachée à l'origine aux Établissements françaisde l'Océanie, la Nouvelle-Calédonie fut érigéeen colonie distincte en 1860. Le premier gouverneur en titre fut le contre-amiralGuillain qui accomplit une œuvre féconde, créant l'administrationdu pays et engageant la venue de colons libres en leur accordant des concessions.C'est sous son proconsulat que débuta la Transportation. Le capitainede vaisseau Gaultier de la Richerie, qui lui succéda, vit arriverles premiers déportés de la Commune. Il divisa le pays enarrondissements et créa les premières commissions municipales.C'est au vice-amiral Olry (1878-1880) qu'incomba la lourde tâchede faire face à la révolte des Kanaks de 1878. Depuis 1859,les réactions mélanésiennes contre l'installationfrançaise s'étaient multipliées. En 1878, éclataune véritable insurrection qui avait pour cause principale l'envahissementdes terres par les troupeaux des nouveaux colons européens. Elledura sept mois et coûta la vie à 200 européens dontle colonel Gally Passebosc. Les pertes du côté des révoltésfurent impossibles à chiffrer et les dégâts trèsimportants. En janvier 1879, le calme fut rétabli après quele chef de Canala, Segou, eut abattu Ataï, âme de la révolte.

Leschapeaux de paille de "Ceux d'en face" (1864-1896)

   Le bagne a si fortement collé au nom de la Nouvelle-Calédoniequ'il y a encore un quart de siècle seulement, une bonne grand-mère,apprenant que son petit-fils partait pour Nouméa où l'appelaitson travail, s'exclama :"Mon Dieu ! le pauvre petit, qu'à-t-il faitfait pour aller là-bas ?" La chère aïeule se souvenaitdu temps où Bruant chantait :
               "Il fait meilleur à La Chapelle
               Qu'à La Nouvelle."
En applicationde la loi du 30 mai 1854, un premier convoi de 250 condamnés atteignitPort-de-France en mai 1864 et fut dirigé sur l'île Nou. Lamain-d'œuvre pénitentiaire fut alors largement employée àéditer le chef-lieu, à tracer les routes et à exploiterles mines et les forêts, à tel point que Marc Le Goupils apu écrire :"C'est le condamné qui a fait Nouméa" (Commenton cesse d'être colon).
   En 1866, les "assignés" furent admis à travailler chez lesparticuliers, d'autres furent dirigés sur les fermes-écoleset certains libérés installés sur des concessions.En 1885, la "relégation", ou internement perpétuel sur leterritoire, fut instituée pour certains condamnés. Mais laprésence du bagne décourageait la colonisation libre et lesenvois de condamnés cessèrent en 1898, lorsque le gouverneurFeillet parvint à "fermer le robinet d'eau sale". On comptait alorsplus de la moitié de la population blanche, et le quart de la populationtotale, d'origine pénale.

LouiseMichel et Henri de Rochefort, déportés de la Commune (1872-1880)

   Toute autre fut la déportation instituée par décretdu 23 mars 1872, envoyant en Nouvelle-Calédonie les déportéspolitiques de la Commune de Paris de 1871. Les condamnés àla déportation dans une enceinte fortifiée purgèrentleur peine à Ducos, les autres à l'île des Pins. Lepremier convoi d'un millier d'individus arriva le 29 septembre 1872. Intellectuelsou ouvriers d'art pour la plupart, ils surent mettre en valeur la colonie.En 1873, ils furent autorisés à faire venir leur familleet à acquérir des concessions? En 1874, on en comptait 3500.Après la loi d'amnistie du 3 mars 1879, bien peu demeurèrentdans le territoire et la plupart regagnèrent la Métropole.Parmi eux se trouvait la "Vierge rouge", Louise Michel, qui rapporta enFrance le premier recueil de légendes calédoniennes. Quantau pamphlétaire Henri de Rochefort, il s'était évadéen 1874.

Laruée vers le nickel et les colons Feillet (1876-1911)

   C'est l'ingénieur Jules Garnier qui découvrit, en 1863, leminerai qui fait la réputation de la Nouvelle-Calédonie maisla première "ruée" se fit, en 1870, vers les mines d'or découvertesdans la région du Diahot, puis vers le cuivre de Balade, en 1873.Le nickel vint seulement après, mais quelle revanche il a prisedepuis ! On exploitait partout. "Quand on apprit à Nouméaque l'échantillon envoyé à l'analyse avait donnéun rendement de 14 à 15% et que le kilo de métal trouvaitpreneur à 40F, un vent de folie souffla sur la ville." (EdouardBridon, Histoire abrégée mais très véridiquedes mines en Nouvelle-Calédonie.)
   En 1894, le gouverneur Feillet se voyait confier les destinées dela colonie alors peu peuplée et en proie à une grave criseminière. Pour rétablir l'équilibre entre la mine etl'agriculture, il fit venir les fameux "colons-feillet" dont le plus turbulentfut Marc Le Goupils. Il arriva plus de 500 immigrants entre 1895 et 1900,qui fondèrent Farino, Négropo, Sarraméa, Voh et plusde 1500 Indiens, Javanais, Tonkinois et Hébridais qui constituèrentl'indispensable main-d'œuvre.

LeBataillon du Pacifique (1914-1918)

   La Première Guerre mondiale stoppa cet effort et éprouvatrès fortement ce petit pays de 5000 habitants qui fournit un contingentde 2170 soldats au Bataillon du Pacifique dont 25% restèrent surle champ de bataille, sans distinction d'origine ni de race. Pour sa magnifiqueconduite lors de l'attaque de Vesle et de Caumont, le 25 octobre 1918,la vaillante phalange fut citée à l'ordre de la 10èmeArmée le 10 décembre 1918.

La"Belle endormie" (1920-1939)

    L'entre-deux guerres fut pour le territoire une période de lenteévolution malgré les efforts du gouverneurs Guyon qui tentade poursuivre la grande œuvre de mise en valeur entreprise par Feillet.Des routes furent ouvertes pour désenclaver les centres de l'intérieurjusque-là seulement desservis par la voie maritime du "Tour de côtes"; le port de Nouméa fut aménagé, mais la Nouvelle-Calédonieest loin de la Métropole et il faudra attendre la révolutionéconomique engendrée par la Seconde Guerre mondiale pourvoir la colonie s'ouvrir au tourbillon du monde moderne.

(Extraitde "En Nouvelle-Calédonie", Hachette guides bleus, 1987)
 
 


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